Photo du jour sur le blog de Julie : Foire de la Saint-Martin à Cluny

Sans scrupule, le maquignon.
Il ne porte plus la biaude ni le bâton, mais les méthodes n’ont pas changé et sous son air jovial, il vous attend.
Il a beau jeu, à une époque où se perd la connaissance des chevaux.
Il peut vous vendre un beau cheval, un bon. Cher.
Il peut même trouver celui dont vous rêvez, rose à pois verts. Ce n’est pas un problème, il a des piles de papiers sur son bureau, et saura bien trouver ceux qui seront susceptibles de s’accorder à votre bidet. C’est plus cher…
Si vous ne pouvez pas suivre, son talent consistera à vous faire prendre une vessie pour une lanterne et à vous refiler un roussin maquillé comme une cocotte qui vous ferait enfuir si, par mégarde, vous la découvriez au bout de la nuit.
Si l’on vous glisse dans l’oreille que ses écuries ont déjà brûlé trois fois, ce n’est pas forcément de la médisance, n’y allez pas… on a tellement vite fait d’être responsable, dans ce cas… on ne sait jamais : vous pourriez être fâché du cheval borgne que l’on vous a vendu… c’est juste un exemple.
Mains dans les poches, vous essayez de déceler l’arnaque.
C’est vrai que vous seriez prêt à passer sur un léger défaut s’il épargnait un tant soit peu votre porte-monnaie.
Ne rêvez pas, vous ne ferez pas le poids.
Vous hériterez des problèmes.
Ensuite vous connaîtrez mieux les chevaux !

Petit tour d’horizon.
Le cheval a des plaies à la tête ? Pas sûr qu’on l’ait bercé trop près du mur… il est peut-être épileptique.
On vous le montre au travail, mais de loin. Sortez le cornet acoustique, il est peut-être cornard.
Il expire en deux temps… passez votre chemin.
On vous le montre en terrain mou, demandez à le voir en terrain dur… il est peut-être boiteux.
Pendant que vous y êtes demandez à le voir trotter et à chaud et à froid pour les mêmes raisons.
Examinez les pieds. Un fer couvert, c’est peut-être une bleime cachée, un fer trop ajusté, un artifice qui masque un pied plat, puis ce fer empli d’une matière curieuse et qui ressemble à du mastic, c’est peut-être un crapaud qu’on vous dissimule…
Les dents n’en parlons pas.
Le maquignon saura vieillir un poulain pour le garder un an de moins, ou rajeunir un cheval trop vieux en lui limant les incisives et en y sculptant un semblant de cornet.
Ce vieux cheval, avec un grain de poivre ou de gingembre dans l’anus, aura soudain fière allure avec sa queue en trompette et son air éveillé. À moins qu’on ne lui ait sectionné le muscle abaisseur, ce qui s’appelle anglaiser.
Il se peut que le cheval soit d’un calme olympien… repassez donc à l’improviste. Vous le trouverez peut-être beaucoup moins endormi.
Il existe des drogues pour cela.
Le cheval oreillard a la réputation d’être bon. Évidemment, il n’a pas fière allure, mais avec un peu de chance, on lui aura suturé les oreilles et ça ne se verra plus. Cherchez les cicatrices et faites baisser le prix.
Il a le poil usé autour de l’encolure ? Méfiance, on vient de lui retirer le collier anti-tics.
Que dire encore ?
Examinez les naseaux : il se peut qu’une éponge y soit enfoncée afin de vous cacher un jetage. Cet œil malade vous alarme : ne vous laissez pas abuser par ce maquignon ingénieux qui trouve alors sous la paupière un brin de paille, et vous dit en riant :
– Voyez, ce n’était rien. Fluxion périodique à l’horizon… c’est un vice rédhibitoire, reculez de trois pas.
La liste est longue, restons en là.

Face au cheval, écoutez votre cœur.
Mais surtout, venez avec un vétérinaire, ça coûtera moins cher que de réparer les dégâts ou d’avoir un cheval inutilisable ou dangereux sur les bras.